Saevus, nouvelle d'introduction

Publié le par Heuhh

Et bien voilà, le concours des Demiurges est fini pour moi. Un peu déçu certes, j’aurais aimé juste passer ce tour pour avoir un jury plus large… mais content de pouvoir enfin parler de mon jeu. Car même si je lui reconnais certains défauts (notamment le système un peu bancal), au niveau du reste, je suis plutôt content (c'est un peu de ma faute, je n'avais qu'à y passer plus de temps...).

Donc, je vais proposer sur mon blog ce jeu en plusieurs fois, aujourd’hui, c’est une nouvelle d’intro.




Le froid lui perçait les os, à tel point qu’il avait l’impression de se transformer petit à petit en statue. Cela ne faisait que trois heures qu’il se trouvait là à attendre que quelque chose se passe, mais rien. Le calme avant la tempête, mais qu’attendait-elle pour se déchainer ? La pluie tombait drue, elle cascadait depuis son chapeau directement sur ses pieds, le frigorifiant. Il avait tenté de changer de position mais sans succès.

http://www.esteren.org/blog/illustration_JDR_celtique.jpgAnton était allé faire un petit tour pour voir si rien ne bougeait de l’autre coté du village. Qu’il revienne vite, malgré ce qu’il pouvait dire à son camarade, Jean n’était pas très rassuré. Le village, ou plutôt le bourg semblait comme endormit, aucun son ne parvenait aux oreilles du guetteur, pourtant on lui avait bien expliqué qu’ils étaient sûrement là.

Un craquement non loin de là le sortit de sa torpeur, immobile, prêt à se jeter sur le visiteur, il attendit. Quand il aperçut la silhouette d’Anton, il relâcha un soupir qui trahissait la tension.

- Es-tu sûr de ton information ? Rien ne bouge par là bas.
- Ils sont ici, répondit Jean d’un ton plus serein qu’il ne l’était.
- Si jamais c’est vrai, j’espère qu’ils ne se sont pas trompés sur le nombre. S’ils sont plus que cinq, je ne donne pas cher de notre peau.

Le village était composé d’une dizaine de maisons. Le bosquet, dans lequel ils planquaient, se trouvait à quelques centaines de pas de la première demeure. La pluie empêchait de bien apercevoir les détails, mais d’ici il avait quand même une belle vue sur la place centrale, ou plutôt sur la cour centrale où se trouvait un puits. Apparemment, il y avait un forgeron mais aussi une taverne, bien que cette dernière ne devait sûrement pas se limiter à cette activité. La plupart des clients devaient être des fermiers des environs, ou alors des voyageurs. On se trouvait en pleine zone désertique à mi-chemin entre Limoge et La Trémouille.

Jean avait déjà eu affaire à eux, il ne voulait pas fouiller chaque maison du village de peur de tomber nez à nez avec eux dans un lieu clos. Il préférait garder l’avantage de l’effet de surprise, quitte à attendre sous la pluie.

- Allons donc, je ne vois pas pourquoi on m’aurait trompé.
- Et si d’autres les avaient rejoint ? On ne serait pas dans la merde tout les deux. Pourquoi ne pas avoir attendu quelque renfort, ou embaucher deux ou trois types ?
- Tu voulais peut être partager la prime ?
- …

Anton se renfrogna, s’il y avait bien quelque chose qu’il plaçait au dessus de tout c’était bien l’argent.
Il aurait été capable de vendre sa famille pour de l’or.

Soudain, la place s’anima, ils virent un homme s’avancer vers le puits, il devait sûrement sortir d’une des maisons. Où étaient les autres ? Voilà la question obsédante de Jean. Il ne voulait pas tomber entre leurs mains. Il fit signe à son comparse de s’approcher du village en profitant d’un petit muret pour lui servir de couvert. Anton s’exécuta.

Une deuxième silhouette, sûrement une femme, apparut elle aussi, trainant quelque chose derrière elle. Un sac apparemment, mais ils savaient que ce n’était sûrement pas le cas. On leur avait dit qu’ils étaient trois, il en manquait donc un. Ils attendirent quelques minutes. Les deux silhouettes s’étaient posées sur le rebord du puits. Elles plongeaient alternativement leurs mains dans le sac afin d’en retirer ce qui devait être de la nourriture. Parfois, il semblait que cette nourriture était attachée au sac, car ils tiraient de toute leur force, comme pour arracher quelque chose.

Jean retint un haut le coeur, il savait que ce sac n’en était pas un. Qu’il s’agissait en fait d’un corps inerte, sûrement un des habitants du village. Mais que faisait donc le troisième larron pendant que ses compagnons prenaient leur repas ? Peut être, après tout, que son information était erronée, ou même que le troisième larron était ce sac. Quels êtres stupides, ils sont là, offerts à nos arcs à découvert, ils étaient encore plus bêtes que des animaux.

Jean entendit à peine l’homme arriver par derrière, il ne perdit pas connaissance tout de suite, mais le coup le fit culbuter en avant. Il fut cloué au sol par un poids sur son dos. Quelqu’un le maintenait au sol.

Il vit Anton se retourner, une lueur d’effroi dans ses yeux, il avait une flèche encochée, mais hésitait ne voulant pas toucher son comparse. Jean jeta un regard à la place du village, seul le sac était encore là. Anton fit de même, et se mit à fuir, il était trop tard. Il fut fauché par une silhouette. La dernière pensée de Jean fut envers Guillaume, un collègue, qui lui avait toujours répété qu’ils étaient bien trop primitifs pour s’organiser et tendre des pièges. Pourtant, à cet instant là, il se sentit plus chassé que chasseur.

(photo tirée des Ombres d’Esteren)

Publié dans Saevus

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