Lucius - Chapitre 5 : Tom (révisé)

Publié le par Heuhh

Voici la suite de Lucius... et c'était la dernière reprise de texte. Maintenant, je repars dans la création...


Lucius - Chapitre 4 : Haqim (révisé)

Lucius - Chapitre 3 - François (révisé)

Lucius - Chapitre 2 : Sue (révisé)

Lucius chapitre 1 (révisé)


 


 

Chapitre 5 : Tom

Quinze ans plus tard, An 3 AV LF

Le tribunal avait élu domicile dans cet ancien temple plusieurs fois millénaire, bien qu’il soit au trois quart enterré dans la montagne Tom avait vraiment trop chaud. C’était sûrement du à l’embonpoint dont il était victime, celui-ci était du à sa fonction un peu trop sédentaire, ce qui était le second gros inconvénient de son poste, le premier était qu’il n’aimait pas ça. Lucius lui avait pourtant laissé le choix, en insistant bien qu’il avait besoin de quelqu’un de confiance au Tribunal. C’était évident qu’il ne fallait pas laisser tout le pouvoir à l’Ordre de Rémus, cet ordre c’était créé sous l’impulsion de la nouvelle doctrine qui voyait en Lucius un Dieu vivant parmi les hommes. Et bien sûr, pour aider son meilleur ami, Tom n'avait eu d'autre choix que d'accepter ce poste.

http://antikforever.com/Egypte/Tombes/Images/Deir%20El%20Bahari%206.jpgLe culte avait créé deux institutions, enfin qu’une seule officiellement : celle de l’Ordre de Rémus était la première, elle se voulait la représentante de la loi au sein de la nouvelle société. Lucius n’avait pas assez d’expérience politique pour endiguer l’influence religieuse de certains de ses « conseillers » qui s'étaient servis de son aura à leur propre fin. Une religion s’était créée avec une force que rien ne pouvait arrêter, notre Commandeur n’avait rien pu faire, et il avait du subir cette soudaine notoriété qui allait au delà du simple rôle de guide. Deux hommes étaient sûrement coupables de cela, Simus Olafson et Rafid El Chalem, ils s’étaient mis à la tête de ce nouveau clergé supplantant d’ancienne religion devenues obsolètes. Le Culte de Lucius était né officiellement il y a un peu moins de deux ans, avec lui toute une organisation complexe. Mais seulement deux hommes à la tête de celle-ci.

La deuxième institution qui avait été créée par ce culte de manière très officieuse était l’Ordre de Remulus. Il existait depuis plus longtemps que le précédent. Officiellement, vous n’aurez pas un seul Lucirin qui avouera son existence, mais nombreux sont ceux qui ont eu connaissance de quelqu’un qui aurait mystérieusement disparu soit suite à des propos anti-Lucirin, soit suite à des appels à la révolte contre le pouvoir en place. Certes au début, tout le monde était pro-Lucius, mais à cause de quelques abus, provoqués par des religieux la plupart du temps, une certaine dissension s'est fait entendre dans les rangs des réfugiés. Malheureusement, avant que ces mouvements protestataires ne montent aux oreilles de notre Commandeur, ils étaient étouffés plutôt discrètement. Et c'est cette discrétion, ce talent, qui fait que le Culte est aussi puissant.

Tom se retrouvait donc dans cette salle avec deux Martellors, les juges venant de l’Ordre de Remus, ainsi appelés à cause du symbole de leur fonction : le marteau. Les coupables pouvaient choisir un avocat, n’importe lequel, la cour pouvait même sur leur demande leur en fournir un. En face, c’est un magistrat qui mène la réquisition, il est appelé le Legator. Ces noms en plus d’indiquer la fonction des personnes, montre surtout leur appartenance à l’ordre et bien évidemment au culte.

La salle était très peu décorée, le Culte ainsi que Lucius se retrouvaient sur ce point, ils n'aimaient pas le luxe, la décoration devait être sommaire et ne contenir que des éléments utiles. Dans cet ancien temple, les murs avaient été gardés tels quels portant d'anciennes inscriptions à demi-effacées par le temps, seule une icone de notre très Saint Commandeur se trouvait accrochée au mur se trouvant dans le dos des Martellors. La pièce était très grande, sans doute un antique lieu de culte, quelle situation ironique se disait Tom. Les anciens dieux permettaient indirectement la tenue de tribunaux inquisitoriaux prônant une nouvelle religion.

 

D'ailleurs Lucius était contre ce mélange entre le clergé et la justice, mais cela était en contrepartie due au statut divin du chef de l'Etat actuel, il n'y pouvait rien et cela le tracassait d'autant plus.

Ce jour là, Tom avait face à lui un homme maigre, hirsute qui était replié sur lui-même, il lui faisait de la peine à voir. Il était défendu par un de ces jeunes avocats qui croyaient avoir trouvé le filon pour survivre facilement sans prendre de risques à la guerre. Celui-ci avait le regard arrogant et la mise soigneusement étudiée, cela n’impressionnait personne, encore moins les Martellors qui prônaient l’humilité.

Cet homme malgré son allure était accusé de collusion avec l’ennemi, génocide et tentative de Déicide. La peine pour cela était bien sûr la mort, mais une mort lente afin que le coupable puisse expier ses fautes avant de mourir. Dur de s’imaginer un homme aussi misérable capable de tout ce que l’on pouvait lui reprocher.

Après que le scribe eu lu les charges retenues contre le prévenu, le Legator pris la parole.

« Mesdames Messieurs, moi Charles Grimberg Legator de l’Ordre de Remus officiant sous l’œil divin de Lucius, je vais vous raconter les faits, je vais vous compter l’histoire de cet homme Oswald Becket et en quoi il a trahi sa race. Il a aidé aux massacres de millions de frères et de sœurs. Je vous raconterais comment il comptait attenter à la vie de notre Commandeur Lucius. Tout a commencé il y a onze ans de cela, Monsieur Becket était pêcheur sur l’île de Plios, un matin où il prit la mer comme à son habitude, il fut abordé par un bâtiment de la marine Solautienne. Mais heureusement pour lui, au lieu de le tuer de suite comme ils le font avec l’ensemble de la population mondiale, ils l’ont fait prisonnier et l’ont gardé pendant de longs mois ainsi.

Le seul contact qu’il avait avec l’extérieur était un repas frugal mais suffisant pour le maintenir en vie. Jusqu’au jour où ils lui proposèrent un marché, il pouvait soit être torturé à mort, soit trahir l’humanité toute entière et ainsi participer à la mort de million de personnes. Bien sûr si nous le voyons ici devant nous, prostré tel un innocent, on ne peut qu’imaginer le choix qu’il a fait.

Ils l’ont donc relâché non loin du front, de notre coté afin que nous le retrouvions et qu’il passe pour un rescapé. Et c’est comme ça que nous, le Peuple Libre Lucirin l’avons accueilli, comme un des nôtres, comme un père, un frère ou un fils. Et qu’à-t-il fait pour nous remercier ? Il a vendu des informations vitales à notre pire ennemi. Dans sa déposition, en plus des informations que je viens de vous donner, il nous a fait la liste des crimes et défaites dans lesquelles il est impliqué. Vous trouverez aussi le nombre de morts tombés par sa faute sur les champs de bataille.

Mais là n’est pas le pire crime, en effet, on pourrait faire appel à des circonstances atténuantes en prétendant qu’il n’avait pas le choix, que les privations lui avait fait perdre toute sa lucidité, que choqué par ses actes, il n’a pas osé se dénoncer, malgré les millions d’innocents qui sont morts à sa place. »

Le visage de l’avocat du vieil homme se décomposait progressivement à chaque mot émis par le Legator. Tom devinait qu’il entendait là, quasiment mots pour mots, la défense qui avait été préparée, et forcément, il se trouvait maintenant sans matière pour alléger les charges. Impassible le Legator continua son prêche.

 

« Oui, il y a eu pire. Cet homme, que vous avez là devant vous, a attenté à la vie de notre bien aimé Commandeur. » Suite à cette déclaration, un « oh » indigné monta de l'assistance, certains vissages étaient marqués par le dégout voire l’horreur. Le culte avait bien fait son travail, Lucius était réellement vu comme un Dieu vivant.

« Oh oui il a essayé! Ce que je vais vous révéler maintenant est un secret d'Etat qui n'a plus lieu d'être. Il y a de cela 8 mois,  Monsieur Becket ici présent a réussi à entrer aux services du Palais, plus précisément, il a réussi à devenir l'un des cuisiniers grâce à ses talents. De par ce poste, et en acquérant la confiance de ses collègues, il a eu, il y a quelques jours, 'honneur de servir le très Saint. Cet honneur est accordé aux meilleurs cuisiniers. Ceux-ci changent régulièrement suivant l'avis du conseil des douze et bénéficient ainsi des largesses de l’état et habitent donc dans le Palais. Il profita de cette occasion pour empoisonner un des plats qu’il apportait à notre Seigneur. »

Des murmures effrayés montèrent de l'assistance, alors que Tom et les Martellors restaient impassibles. Il se rappelait ce funeste jour, il avait vraiment cru que Lucius allait y passer, heureusement les meilleurs médecins Lucirins s'occupaient de lui et après plusieurs jours de bataille contre le poison, il avait pu sortir de son lit avec seulement quelques séquelles. Certes, il garderait dans sa chair les traces de cet attentat, mais ces vestiges étaient un prix bien faible en comparaison de la mort qui l'avait frôlé. Ils avaient facilement remonté la piste jusqu'à cet Oswald, un peu trop facilement d'après des généraux. Depuis, un seul cuisinier avait l'autorisation de préparer les plats de notre Sérénissime et un gouteur se devait de tout tester.

« Le pire crime qui soit, est d'attenter à la vie de notre sauveur, comment un être humain, qui doit la survie de sa race à un seul homme, peut-il vouloir tuer ce même homme ? La tentative de meurtre sur notre Commandeur est puni de la peine de mort par écartèlement, je ne vois pas quel autre châtiment nous pourrions appliquer à cet homme qui ne mérite plus de vivre. »

Tom entendit à la fin de ce discours un timide applaudissement qui se répandit lentement jusqu'à atteindre un véritable ras de marée. La nouvelle de la tentative d'attentat avait un peu assommé le public, mais l'annonce d'une exécution l'avait finalement sortie de sa torpeur, juste le temps que les gens réalisent ce qu'ils venaient d'entendre. Depuis le début de la guerre, les hommes et femmes qui restaient loin du front avaient besoin de cette violence comme exutoire à leur frustration.

L'Avocat de Becket était blême, alors qu'il se levait pour défendre son client, des murmures se firent au travers de la salle, le cas de son client était au moins tranché parmi l’assistance. Un des Martellors lui demanda :

« Maitre, j'ai une question avant que vous ne commenciez, votre client plaide-t-il toujours non coupable ? »

La justice Lucirine avait comme avantage (ou inconvénient) qu'à tout moment un accusé pouvait changer sa plaidoirie, bien sûr plus il le faisait tard, moins l'effet serait conséquent. L’avocat semblait comme perdu, hagard, il cherchait parmi ses pieds quelle réponse donner, quand un faible son s’échappa de sa gorge.

« - Coupable!

- Pardon Maitre, je n'ai pas entendu ?

- J'ai dis, que mon client plaidait coupable pour tout les crimes dont il est accusé. »

A cette annonce, la foule se déchaina, couvrant ainsi les cris de protestation d'Oswald Becket. Plaider coupable aussi tard, revenait à accepter la réquisition du Legator. L'avocat devait en être pleinement conscient car il évitait de retourner à sa place auprès de son client et il détournait ostensiblement le regard. Les gardes emmenèrent le prisonnier en dehors de la salle laissant le peuple hurler de joie. Ainsi était la justice, ainsi est-elle actuellement. Tom m’expliqua par la suite que ce cas là fut le dernier qu’il eut à traiter, les Martellors et Legators étaient devenus tellement efficaces qu’il ne trouvait rien pour les contrer. Il préférait donc reprendre une place plus active auprès de Lucius afin de l’aider à lutter contre l’influence néfaste du Culte Lucirin sur le peuple.

Oswald Becket fut exécuté seulement deux jours après le procès, cinq jours plus tard on apprit qu’une partie des charges, notamment celle d’attentat contre le Sérénissime, était fausse, et que les coupables couraient toujours. Tom ne sut jamais exactement s’il s’agissait d’un véritable attentat, ou d’une manipulation du Culte afin de relancer la ferveur. En effet, Lucius ne fut jamais autant populaire que quand il eut son visage grêlé.

Cela c’est déroulé il y a trois ans, depuis de nombreux attentats ont émaillé le parcours du très Saint Lucius, la plupart d’entre eux intervenaient étrangement lors de périodes de troubles. Je pense quand même que certains étaient bien imputables à des agents Solautiens, et que la justice a bien fait son travail, par contre dans certains cas, je me dis que l’ennemi a eu d’étranges facilités à pénétrer les défenses mises en place autour du Commandeur.

 

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