Lucius - Chapitre 4 : Haqim (révisé)

Publié le par Heuhh

Allez hop, voici le 4ème chapitre de Lucius, j'ai fait quelques reprises.

Lucius chapitre 1 (révisé)

Lucius - Chapitre 2 : Sue (révisé)

Lucius - Chapitre 3 - François (révisé)


Bonne lecture!




 

Chapitre 4 : Haqim

 

An 18 AV LF

 

La journée était brûlante, un vent légèrement tourbillonnant projetait du sable dans les yeux. L’homme ne quittait pas sa djellaba qui empêchait l’air de lui brûler ses poumons. Il s’était arrêté à une oasis pour permettre à son précieux chameau de se rafraîchir, cela faisait sept jours qu’il avait quitté son village et maintenant il revenait avec sa précieuse cargaison. Il espérait atteindre son village dans la soirée, et se voyait déjà être accueilli en héros. Mais là il préférait attendre que le soleil soit un peu plus bas à l’horizon pour repartir, il était actuellement à son zénith et trop pesant pour quiconque.

 

L’homme alla inspecter sa cargaison pour s’assurer qu’elle ne souffrait pas de la chaleur. La centaine de grenouille ne semblait pas trop souffrir pour l’instant, mais il fallait régulièrement réhydrater son trésor. Les cuisses de grenouilles étaient très rares et pourtant Haqim avait trouvé une source d’approvisionnement qui lui semblait intarissable. Tout le village profitait de cette manne non négligeable. Depuis la Grande Guerre, ou troisième guerre mondiale comme aime à l’appeler certains, les petits plaisirs s’étaient faits rares.

 

L’homme choisi de s’abriter sous un palmier et de s’accorder une sieste bien méritée, il avait commencé sa marche très tôt dans la matinée. L’homme se réveilla en fin d’après midi, le chameau n’avait pas bougé, portant toujours avec la précieuse cargaison. La famille d’Haqim avait l’élevage de chameaux le plus réputé de la région, cela faisait des dizaines et des dizaines d’années qu’ils sélectionnaient les meilleurs spécimens afin d’obtenir de véritables cargos du désert. L’homme s’approcha de la bête pour flatter son encolure, le respect pour ces animaux était inculqué dés la plus petite enfance, c’était la main qui nourrissait la famille. Son compagnon d’aujourd’hui l’avait vu naitre, un peu moins d’un an les séparait, ils ne s’étaient jamais quittés. Certaines mauvaises langues au village disaient d’ailleurs qu’il préférait son chameau à sa femme et ses enfants, certes ce n’était pas loin de la réalité, mais comment renier sa propre éducation ?

 

http://www.i-trekkings.net/galerie/img/Oasis%20de%20l%20Agueila.jpgAprès deux heures de marches, il se trouva à une dune de son village. C’est ce moment précis que choisi une odeur âcre pour lui emplir les narines, nauséabonde et pénétrante. Un haut le cœur lui prit qu’il ne pu réprimer qu’avec peine, une légère fumée s’élevait de l’autre coté de la dune, le village devait être en feu. Mais cette odeur ?! Il se mit à courir pour grimper le long de la cote, avant de réaliser son imprudence, il ralenti jusqu’à se mettre à ramper pour atteindre le sommet et ainsi avoir une vu imprenable sur le village à l’abri des regards indiscrets. Plus tard, en y repensant il se dit que s’il y avait encore eu quelqu’un et qu’ils aient pensé à mettre une sentinelle, il aurait été tué avant d’avoir senti la moindre odeur.

 

Arrivé en haut de la dune, il put enfin voir l’étendu de la catastrophe, une partie du village avait brulé, l’autre partie avait été saccagée et de nombreux corps jonchaient le sol. Haqim descendit vers le village en titubant dans le sable. Cette vision cauchemardesque lui avait coupé les jambes, il savait maintenant d’où venait l’odeur âcre. Il s’approcha du premier corps, celui d’un enfant, malgré l’état il reconnu de suite Abel. Il eut immédiatement un nouveau haut le cœur, qui avait pu faire un tel massacre sur des enfants.

 

Soudain il réalisa, il laissa là ce corps sans vie pour se diriger vers une hutte complètement noircis. Il sentait encore la chaleur du feu, il entra et vit les deux corps couchés l’un à coté de l’autre. Sûrement tués dans leur sommeil par la fumée. Ceux qui avaient fait ça n’avait laissé aucune chance aux habitants du village, ils avaient du mettre sournoisement le feu à plusieurs huttes, et quand l’alerte fut données ils n’avaient plus qu’à tuer les fuyards qui sortaient de leur habitation. L’asphyxie attendait ceux qui ne sortaient pas.

 

Il était complètement hagard, ne sachant quoi faire, ni quoi penser. Dans un certain réflexe, il alla chercher son chameau et le ramena accompagné d’un silence lugubre. Revenu au village, il fit en sorte que tous les habitants aient une sépulture décente. Il entreprit de creuser un trou par cadavre, et installa un petit bout de bois sur lequel il grava le nom de la personne enterrée là. Ce travail fut long et éreintant, malgré cela il l’acheva d’une traite, ce qui lui prit jusqu’à l’aube. A ce moment là, il alla ce mettre à l’abri de la chaleur et chercha le sommeil.

 

Celui-ci eut du mal à se présenter à lui, hanté qu’il était par les visages de ses anciens compagnons. C’est à cet instant là qu’un détail lui sauta à l’esprit. Un détail… un détail vu sur les corps. Mais tout à l’heure il n’avait pas la tête à ça, il était ailleurs, mais ses yeux ont enregistré ce détail, flou mais qui se répétait sur chacun des cadavres. Il se hâta, couru jusqu’à la première tombe et se mis à creuser frénétiquement. Il tomba sur le corps et sur le coté du crâne il vit une marque. Elle aurait pu être causée par une arme. Pour s’en assurer, il se dirigea vers une seconde sépulture là aussi les mêmes marques, puis une troisième et une quatrième. A chaque fois, la même chose, trois grosses piqures formant un triangle équilatéral, une au centre et un cercle de cuir chevelu à nu, environ deux centimètres de diamètre.

 

Le choc passé, il entreprit de remettre délicatement les corps à leur place. Alors qu’il s’attelait à cette tâche, il vit du coin de l’œil une silhouette se dessiner, au sommet d’une dune. Celle-ci était chancelante, brouillonne, mais s’engagea dans la descente avec une démarche rappelant celle d’un pantin. Peu effrayé par cette frêle créature Haqim alla à sa rencontre. L’homme qui s’approchait était d’une maigreur maladive, il tenait difficilement sur ses jambes, au travers de ses haillons, on pouvait apercevoir une peau blanche. Combien de temps cela faisait-il qu’un blanc s’était aventuré si loin dans le désert ? Haqim ne s’en souvenait plus.

 

Il tenta de lui parler dans un anglais approximatif, il s’avait que cette langue était connue d’une majeure partie du monde blanc, du moins depuis qu’elle était devenue langue officielle des peuples qui restaient de ce coté-ci de l’océan. Il vit à la faible lueur de ses yeux que l’homme comprenait, il lui proposa de l’eau et de s’installer à l’abri du soleil, qui était à cette heure ci extrêmement nocif. L’homme s’endormi pendant de longues heures. Il portait des frusques qui indiquaient clairement qu’il venait du nord, elles n’étaient pas du tout adaptées au climat local. Haqim alla lui cherchait des vêtements plus adaptés à la vie dans le désert. Quand il entreprit de retirer les frusques de l’étranger, il se rendit compte que celui-ci empestait et ne devait pas avoir pris de douche depuis des jours.

 

L’homme se réveilla à la tombé du jour, il semblait en meilleure forme et semblait plus éveillé. Haqim retenta un dialogue entre eux deux en lui expliquant qu’il avait troqué ses vieilles nippes contre des vêtements bien plus adaptés à une vie nomade. Il lui expliqua aussi la situation dans laquelle ils se trouvaient et l’attaque du village. L’homme semblait écouter attentivement les explications d’Haqim. En conclusion, il lui proposa de quitter le village afin de trouver de l’aide vers le nord. En effet les traces de l’ennemi partaient vers l’Est, en allant donc vers le Nord, ils trouveraient facilement de l’aide et alerteraient la population locale.

 

« Tu peux m’appeler Haqim. Veux-tu boire ou manger ? Je nous ai préparé un repas, nous devons prendre des forces avant de repartir. »

 

L’homme hocha de la tête en signe d’approbation, ce qui soulagea Haqim, il le comprenait c’était déjà ça de gagné. Ils mangèrent en silence, l’homme eu quelques difficulté à avaler son repas, apparemment son corps avait un peu perdu l’habitude de manger. Ils avaient un peu d’eau chaude aromatisée avec un vieil os et une sorte de pain qui trempait dedans. Cela n’était pas des plus fameux mais c’était bien meilleur que la nourriture synthétique qu’ils servaient dans les villes. A la fin de leur repas, Haqim prépara leur paquetage simplement de quoi faire un bivouac et de l’eau. Il du se séparer de sa précieuse cargaison qui n’avait pas supporté le manque d’attention des dernières vingt quatre heures.

 

Ils partirent dans la foulée laissant là les restes de son village, il se promit en partant de venger son peuple, quoi que l’avenir lui réserve, il se battrait jusqu’au bout pour retrouver et châtier les criminels. Il réserva le chameau pour son nouveau compagnon d’infortune, celui-ci semblait osciller entre des périodes éveillées et d’autres où il sombrait dans un coma proche des limbes.

 

http://deadcrows.net/v1/images/Ecran-capharnaum.jpgIls marchèrent ainsi pendant près de cinq jours, allant d’oasis en oasis. Au fil des journées, l’étranger semblait récupérer, en étant de plus en plus éveillé. Le sixième jour ils arrivèrent en vue d’un important port dont ils entendaient les bruits liés au chargement et déchargement de marchandise. Depuis la Grande Guerre, l’activité maritime avait subit un important développement permettant des échanges faciles entre les différentes nations qui s’étaient créées. Certaines rumeurs disaient que d’anciens Galions servant dans des musées avait été remis en marche afin d’aider les populations restantes.

 

Toujours suivant certaines rumeurs, c’est un pour cent de la population qui avait survécu à la Grande Guerre, la plupart étant d’origine rurale. Entre les gaz et le nucléaire, les villes avaient été dépouillées de leurs vies. Certaines nations entières avaient soit disant été anéanties, L’empire des Indes avait été la première cible des états occidentaux, de nombreuses armes expérimentales de destruction massive avaient été testé à ce moment là, ce qui conduisit à ce que l’Empire fut rayé de la carte ainsi que les quelques un milliards et demi d’habitants à l’époque.

 

Ce massacre permis une prise de conscience des Etats et contribua à un traité de non-utilisation des armes de destruction massive, l’opinion publique resta malgré tout très choqué ce qui ne fit qu’empirer le massacre qui s’en suivi. De dix milliards, la population est maintenant réduite à quelque centaine de million.

 

Haqim s’arracha à ces pensées morbides pour revenir à la réalité de ce port grouillant de vie. Il n’était que rarement venu ici, préférant des marchés plus proches bien que moins fréquentés. A partir d’un ancien petit village de pêcheur et en quelques mois, ce port était devenu incontournable véritable plaque tournante. Ceci pour une très simple raison, le nombre de voiliers déjà présent. Une véritable ville c’était créée à partir de bois de récupération retrouvé sur la plage.

 

Ils se dirigèrent vers le centre névralgique de toute cette activité. La grande place où se tenait le marché s’étendait devant eux, afin de se diriger vers l’hôtel de ville qui tenait lieu de capitainerie. Ils durent traverser cette place bruyante aux couleurs chamarrées, les vendeurs les assaillaient de toutes part essayant de leur vendre toutes les denrées les plus rares et les plus recherchées qui soient. L’homme qui accompagnait Haqim ne faisait attention à rien, il se contentait seulement de le suivre sans montrer le moindre intérêt à ce qui l’entourait, il semblait ailleurs perdu dans ses pensés. Avant d’entrer dans le grand bâtiment qui était visiblement le seul construit en dur, ils aperçurent derrière lui le port. Un véritable flux incessant de porteurs allait et venait entre les quais et la place emportant et rapportant toute sorte de marchandises.

 

Haqim passa la porte et atterrit dans un hall finement décoré bien que le thème omniprésent était la mer. Sur sa droite, il vit un employé derrière un comptoir vers lequel il se dirigea sans hésiter.

 

« Bonjour. Je viens voir Al Kadher. » Demanda-t-il avec tous les usages nécessaires.

 

Le jeune homme qui était habillé tel un valet du siècle passé lui répondit sur un ton très courtois : « Le bonjour à vous. Avez-vous rendez vous avec notre Cheik ? »

 

Haqim sentit que c’était le bon moment pour faire jouer tout le bagout qu’il avait su développer sur les marchés. « J’ai une affaire très importante à traiter avec Votre maitre, et je pense qu’il serait assez… comment dire… contrarié, si jamais d’autres concurrents venaient à en profiter avant lui. »

 

Le jeune homme se leva l’air un peu pincé : « Donnez moi votre nom. Je vais voir ce que je peux faire et attendez moi là. ». Sur ce il se dirigea vers le double escalier qui montait vers le premier étage en haut duquel deux gardes armés était en faction.

 

Anxieux, Haqim attendit environ une dizaine de minutes, il se sentait observé et pas seulement par les gardes du premier. Sûrement que le Cheik avait voulu vérifier qui pouvait le déranger.

 

« Monsieur veuillez entrée je vous prie, mon Maitre veut bien vous recevoir pour votre affaire. ». Le secrétaire était réapparu en haut des marches et il l’avait hélé.

 

Alors qu’ils entrèrent dans ce qui ressemblait à une salle de trône tellement la pièce était richement ornementée, ils virent le cheik se lever pour les accueillir. Aussitôt les formules de politesse échangées, Haqim pris en main la discussion afin de ne pas perdre son avantage.

 

«  Votre honneur, si je suis ici devant vous ce n’est pas pour parler affaire. Je viens d’un petit village dans le sud à six jours de marches et malheureusement je suis le seul survivant, nous avons été attaqués et massacrés. »

 

Cette introduction eu le don de faire sourire le Cheik. « Vous ne manquez pas d’audace ! Vous vous introduisez ici en me promettant des affaires et finalement vous êtes ici pour me parler de querelle de village. Allons, sûrement que vous avez attiré la jalousie des voisins, voilà tout. De plus si votre village a été massacré, comment vous en êtes vous sorti ? »

 

Alors qu’Hakim allait répondre un bruit monstrueux, sourd et profond se fit entendre. Les deux hommes se figèrent alors que l’étranger semblait se redresser, sont regards ne resta plus vide et il prit la parole dans un anglais hésitant, sûrement à cause du manque d’habitude.

 

 « Ce sont eux, ils arrivent ! Haqim nous devons fuir ! Vite le temps presse, prenons un bateau et fuyons le plus loin possible. »

 

« Qui sont-ils ? Qui es-tu au juste ? Que sais-tu d’eux ? » Haqim avait pris l’homme par les épaule et le secouait à chaque question.

 

« Je me nomme Lucius ! Et ce sont des… fuyons plutôt que de parler ! Ce sont des monstres sans pitié, viens vite ! »

 

Al Khader était déjà en train de regarder par la fenêtre afin de voir ce qui arrivait, il ne prêta pas attention aux deux hommes qui prirent les jambes à leur cou en direction du port. Là bas, Haqim tenta de repérer un bateau en partance qui lui semblait le plus honnête, valait mieux ne pas tomber dans une situation plus critique. Le Goéland, voilà un navire qui correspondait parfaitement aux contraintes que c’était fixé Hakim. Alors que les deux hommes se dirigeaient vers le bateau, ils furent dépassés par des débris rougeoyants et du bois calciné. Les deux hommes eurent l’impression d’assister à la fin du monde. Ils arrivèrent juste à temps au Goéland afin de pouvoir embarquer et avant qu’ils ne larguent les amarres.

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