Grey Ranks, Varsovie dans la tourmente de la 2nd guerre mondiale.

Publié le par Heuhh

Attention petit évènement, voici le 100ème article de la catégorie JDR *champagne et petits fours*. Alors, ça tombe sur Grey Ranks un petit JDR de chez Bully Pulpit Games, écrit par Jason Morningstar, édité en 2007 il me semble.

http://playthisthing.com/files/gamenodeimages/grey_ranks_lg.jpgDans ce jeu, les joueurs incarneront des adolescents polonais qui luttent activement contre les allemands lors de la révolution polonaise en 1944. Il s’agit d’un soulèvement populaire qui dura 63 jours. Le jeu se déroule entre juillet et octobre de cette année, il est réparti sur 10 chapitres compris sur 3 sessions (qui ne sont pas forcément des sessions de jeu).

La première session correspond à la résistance, il se déroule avant la révolution à proprement parler. Les joueurs font déjà partis de la résistance adolescente (les Grey Ranks), il s’agit un peu de mettre en place l’histoire et de voir au quotidien leur vie. La session deux prend pour cadre la révolution. Enfin, la dernière session parle du désastre qui suivit cette révolution (elle comportera 4 chapitres).

Le rôle des adolescents dans cette résistance était de servir de messager, de guides, d’infirmiers et d’autres postes n’ayant pas un lien direct avec l’ennemi, par contre, lors de la révolution, nombreux sont ceux qui ont pris les armes.

Background pour fan d’Histoire

J’en viens sur un point qui m’a le plus embêté, le background. L’auteur nous offre dans la première partie du jeu une grosse quinzaine de pages de présentation de Varsovie de cette époque, autant dire que l’on a vu plus joyeux. D’autant plus que le livre est parsemé de petites citations du gouvernement pro-allemand et de courtes bibliographies de « Grey Ranks » ayant réellement existés.

Ce background très réaliste sur une période assez noire de notre Histoire ne donne pas vraiment envie de jouer, il faut bien l’avouer. Quand on lit des histoires d’adolescents morts au combat (ou pire), ce n’est pas la joie.

PEGI -18

L’auteur y a quand même songé, dans les premières pages, il met en garde le lecteur et propose aux joueurs de se mettre d’accord sur les thèmes qu’ils veulent aborder, sexualité, violence, nazisme, extermination… Autant de thèmes qui pourraient indisposer des joueurs autour de la table. Car faut être clair, en plus de se dérouler durant une période peu évidente, Grey Ranks nous propose en plus de par ses mécanismes d’exacerber les sentiments de nos personnages Amour et Haine occupant le haut du pavé.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/bf/Kotwica_symbol.pngPersonnages faits en 5 minutes

Enchainement parfait pour parler des mécanismes, car c’est vraiment là que se trouve tout l’intérêt du jeu. Commençons tout d’abord par dire, qu’il s’agit d’un JDR sans meneur. C’est les joueurs qui créeront ensemble l’histoire. Prenant en quelque sorte le boulot du meneur à tour de rôle et se répartissant les tâches.

La partie se lance très rapidement car avant le chapitre 1, chaque joueur choisi le sexe, un nom, un âge (15, 16 ou 17), un district d’origine, les joueurs doivent ensuite choisir une case de départ sur le plateau du jeu (qui est en fait une grille). Cette grille correspond à l’humeur des joueurs, en haut se trouve l’amour, en bas  l’haine, à gauche l’enthousiasme et à droite l’épuisement. Les joueurs bougeront sur cette grille au fil des évènements à chaque fin de chapitre. Et enfin, les joueurs choisissent une situation. Cette situation est une petite phrase qui correspond à quelque chose (personnage, situation, évènement…) qu’ils pourront faire apparaitre dans le chapitre. Par exemple, « Iliana Kutsnova, une infirmière », « Trahison » ou « les ruines de votre salon » etc... Il n’est pas obligatoire pour chaque joueur d’introduire cet élément, cela ne sert que d’aide à la narration. Après le chapitre 1, les joueurs choisiront cet élément dans la catégorie correspondante à la case sur laquelle ils se trouvent. Ce qui permettra d’avoir des éléments en concordance avec leur humeur.

Une fois tout cela fait, un joueur lit le message entendu à la radio. Un message de « radio résistance ». Il y en a un par chapitre qui rythme donc l’histoire et permet aux joueurs d’avoir des idées d’intrigues. Ils vont entendre comme ça, que certaines personnes ont la tête mise à prix, qu’il y a eu des attaques dans tel hôpital, que d’autres font de la propagande…

Une mécanique bien huilée

Le premier et le dernier chapitres sont spéciaux. Le premier servira à affiner votre personnage, et le dernier à conclure l’histoire. Après le premier, vous pourrez ajouter deux éléments importants à votre personnage, tout d’abord votre élément que vous chérissez plus que tout au monde. Chaque joueur doit en avoir un différent, il peut s’agir de : la famille, la patrie, Varsovie, un amoureux, les amis, la religion. Ensuite les autres joueurs vous donne deux traits de caractères qui sont pour l’instant des défauts, ils deviendront par la suite des qualités (vous allez murir).

Les autres chapitres se déroulent toujours de la même façon, on lit le texte de « Radio résistance », les joueurs prennent un D4 pour un de leur trait de caractère, le dé correspondant à la case de la grille sur laquelle ils se trouvent (D4 à D12) et ensuite on déroule l’histoire. Chaque joueur doit vivre deux scènes pour chaque chapitre, une scène personnelle et une scène liée à leur mission. Lorsque l’on fait vivre la première scène d’un joueur, il doit choisir un des deux qu’il a, l’autre ira forcément à l’autre scène. Sachant que pour une scène personnelle (qui sera plutôt un flashback), le dé servira seul, il permettra de savoir si l’objectif de la scène est réussi ou pas. Alors que pour la scène liée à la mission, un joueur lance l’ensemble des dés pour savoir si c’est réussi ou pas.

Une fois que tous les joueurs ont fait leurs deux missions, on regarde les résultats de chacun ce qui induit des déplacements sur la grille. D’autres finesses existent, je les passe sous silence, mais ce qui en ressort, c’est qu’on sent que ça roule sur ses roulettes. Ce que je n’ai pas dit aussi, c’est qu’on peut augmenter (ou diminuer) nos dés (et oui car des fois on veut rater un jet), soit en risquant ce que l’on chéri (quitte à le perdre et mal le vivre), soit en faisant évoluer nos traits de caractères (qui permettent grosso modo chacun d’avoir une fois dans le jeu un D6, D8, D10 à la place du D4).

C’est un peu lourd comme explication, mais les mécanismes du jeu sont vraiment le cœur du jeu, et sans ça, j’aurais laissé tomber ma lecture. C’est quasiment 90 pages d’explications. Ce qui est agréable et à noter, c’est que l’on a un exemple de bout en bout d’une partie à 4 joueurs (oui l’auteur conseille d’y joueur à 4). Et je dois avouer qu’en lisant ce compte rendu de partie, ben ça donne envie (jusqu’à ce qu’on se dise qu’on joue à Varsovie en 44).

http://www.bullypulpitgames.com/images/gr_pic.jpgQuoi d’autres ?

Coté points annexes, les illustrations sont étranges, je trouve que ça ne colle pas au thème. Par contre, il y a bien une trentaine de pages d’annexes, contenant notamment le comment se prononce le polonais, quelques phrases indispensables en polonais (« Papers please ! », « Fuck Off »…). Il y a une grosse liste de prénoms polonais et allemands, un glossaire super pratique, et une liste d’inspirations.

Conclusion

Au final, je me retrouve avec un bouzin dont je ne sais que faire. Je suis mi-figue mi-raison. Content d’avoir lu mon premier système MJ-proof, mais dur de dire à des potes « Hey les gars, on va s’éclater dans Varsovie, on ira trainer dans les ruines du ghetto juif à la recherche de rescapés, puis on ira liquider deux trois nazis. Avant de faire une partouze entre ados. » Bien sûr, il faut vraiment faire attention et se dire entre joueur, quels sont les sujets abordables.
A vous de vous faire une idée.

Bon jeu à tous !
(Article garanti sans relecture)

Publié dans JDR

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