All Along the Watchtowers un bon choix pour BSG ?

Publié le par Heuhh

Voici la traduction (très personnelle) d'un article sur LA chanson de BattleStar Gallactica : All Along the Watchtower. Je me suis encore moins embêté avec la trad des paroles. N'hésitez pas à aller voir l'article originel de Herb Bowie qui sera le "je" dans le texte.




Recorded by Jimi Hendrix

Written by Bob Dylan

Song copyright © 1968; renewed 1996 by Dwarf Music

 

Commençons par les paroles. Cette chanson fait partie de l’album John Wesley Harding de Bob Dylan, qui a marqué un changement radical avec ses précédents disques. Avant ses chansons avaient bien plus que les trois couplets standards des chansons populaires - “Positively Fourth Street” en comptait 12. Ses chansons étaient souvent des critiques précises et incisives. Son utilisation de l’anglais était atypique, et attirait l’attention par la juxtaposition de mots et d’images qui étaient rarement associés.

 

Par opposition, “All Along The Watchtower”, est simple et dépouillée. Il y a seulement 3 couplets sans refrain et le vocabulaire est basique. Malgré tout, ces 3 couplets créent une histoire. Commençons par le début.

 

There must be some kind of way out of here,” (Il doit y avoir une sortie)

Say the Joker to the Thief. (dit le Fou au Voleur)

 

Notez comment Dylan débute sa chanson en nous mettant en plein milieu d’une conversation, en commençant par une situation d’urgence. On ne sait pas où est le « here » d’où le narrateur veut s’échapper, mais on sait qu’il veut partir. Le sentiment de drame est immédiat. On apprend que les deux personnages qui discutent sont le Fou et le Voleur. Ce sont deux archétypes de personnage qui existent depuis des siècles sous différentes formes. En les identifiant de cette manière, Dylan rend l’action intemporelle. A cause de ce choix, cela suggère qu’il s’agit d’une sorte de parabole, une histoire qui serait la même à différentes époques, lieux ou personnes. Le Fou représente généralement un artiste dont le rôle est d’amuser les puissants, mais aussi de les provoquer, de montrer la réalité sous un autre angle. Le fou et le voleur sont tous les deux des exclus, unis dans leur rejet d’une société bien ordonnée.

 

“There’s too much confusion, (il y a trop de confusion)

I can’t get no relief. (je ne peux pas me reposer)

Businessmen, they drink my wine, (Businessman, ils boivent mon vin)

Plowmen dig my earth. (l’agriculteur travaille ma terre)

None of them along the line (Aucun le long de la route)

Know what any of it is worth.” (n’en connait la valeur)

 

La suite du couplet nous informe sur les raisons qu’a le Fou de vouloir s’échapper : il y a trop de confusion. Mais qu’est ce qui est confus ? On voit aussi que d’autres profitent de son travail, et d’autres travaillent pour lui afin de l’aider à avoir des choses. Mais aucun ne comprend l’étendue de leurs efforts. La confusion est donc sur les valeurs : ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas.

 

No reason to get excited,” (Pas de quoi s'énerver)

The thief he kindly spoke. (Dit le voleur gentiment)

“There are many here among us (Il y en a beaucoup parmis nous)

Who feel that life is but a joke. (qui croit que la vie est une blague)

But you and I, we’ve been through that, (Mais toi et moi, nous sommes au delà)

And this is not our fate. (et ce n’est pas notre destin)

So let us not talk falsely now, (Donc arrêtons de parler à tort maintenant)

The hour is getting late.” (il se fait tard)

 

Le second couplet commence par le voleur qui parle “gentiment” au Fou. Cet adverbe, montre la compassion qu’il a envers le Fou, et qu’il comprend apparemment la somme de ses efforts. Il continu en parlant de ceux qui croient que la vie n’est rien qu’une blague, le Fou et le Voleur voient au-delà, ayant vécu au travers de ça. Donc quand d’autres peuvent être en pleine confusion, eux ne le sont pas. Depuis qu’ils comprennent la valeur de la vie, il est important pour eux de s’ouvrir l’un à l’autre. Enfin, la dernière phrase, nous confronte à un sens du drame et du mouvement et à une action imminente.

 

All along the watchtower, (le long des tours de guest)

Princes kept the view, (les princes regardaient)

While all the women came and went — (pendant que les femmes allaient et vennaient)

Barefoot servants too. (les va nu pied aussi)

Outside in the cold distance, (à l’extérieur au loin)

A wildcat did growl. (un chat sauvage grogne)

Two riders were approaching, and (deux cavaliers approchaient, et)

The wind began to howl. (le vent se mettait à hurler)

 

Le début de ces derniers vers amène un changement brutal, on ne voit au début aucun lien avec la situation précédente. A l'inverse des deux premiers qui étaient principalement composés d'une discussion, on a là un couplet plus cinématographique, rempli d'images. Nous sommes ici en présence de princes, de femmes et de domestiques va nue pied, la scène s'établit dans le passé, toujours en utilisant des archétypes. Ces personnages, qui gardent leur château, semblent être la représentation de l'ordre établit et du pouvoir actuel. Mais contre quoi le garde-t-ils ?

 

Un chat sauvage grogne au loin, suggérant la nature sauvage et indomptée, qui reste tapie sous les lumières du château. Ensuite, deux cavaliers approchent. Soudainement, en 4 mots, ce couplet se raccroche aux deux précédents. Nous voyons le voleur et le Fou approcher du château par une sorte de cinématique utilisée à la fin plutôt qu'au début de l'histoire. Nous savons déjà qu'ils veulent établir de nouvelles valeurs, basées sur des valeurs humaines. Leur venue au château suggère une confrontation imminente. La dernière phrase renforce cette image avec la tempête qui se prépare.

 

Notez la manière dont ce dernier couplet matérialise la relation suggérée par les précédents. Le Fou, le Voleur et le Chat sauvage sont à l'extérieur du château, qui lui est habité par des princes et des domestiques. Nous avons donc maintenant une explication, des êtres indépendants à l'extérieur et un pouvoir rigide à l'intérieur.

 

 

Dylan réussi là un coup magistral. En quelques couplets, dans une chanson si éparse qu'elle peut être mal interprétée, Dylan réussi à :

 

- Résumer toute sa vie. Faisant des efforts pour rendre drôle tout ce qui l'entourait, et son grave accident de moto qui a marqué un tournant dans sa carrière, il est difficile de ne pas voir Dylan dans le Joker. Il sait dorénavant que la vie est bien plus qu’une farce, il distingue dorénavant les artistes et les exclus, qui comprennent le sérieux de la vie, de ceux, businessman et fan, qui traite ses oeuvres comme de simples marchandises.

 

- Identifier la source des problèmes de notre temps : les valeurs. Des philosophes modernes comme Ken Wilber, avec son image de notre société moderne de "flatland", où tout doit être neutre, et sans valeur, viennent à l’esprit. Dans ses dernières chansons (avant celle là), Dylan parlait de manière blasée de certaines questions comme la guerre, la liberté et la pauvreté qui n'étaient pas bien comprises. Ici Dylan revient là dessus, et réduit le problème à un élément essentiel : les valeurs humaines contre l'ordre établit.

 

- Doper son discours par une structure dramatique forte. D'un point de vue dramatique, rien ne se passe dans cette chanson : deux cavaliers discutent en approchant d'un château. Nous avions à peine un premier acte correct, qui aboutit à une pièce complète. En faisant notamment allusion à une confrontation à venir, et en identifiant deux camps opposés, Dylan nous garde scotchés sur nos sièges, en nous laissant dans l'attente de ce qui va se passer. L'effet final est comparable à celui utilisé dans le poème de Williman Buttler Yeat, "The second Coming" : "And what rough beast, its hour come round at last, slouches towards Bethlehem to be born?". Dans les deux cas, un frisson remonte la colonne vertébrale, tandis que le poète nous laisse avec son cavalier chevauchant vers une inévitable confrontation, et ses conséquences.

 

Voilà pour les paroles, passons à la musique. Dans la première interprétation de Dylan, la musique était comme le texte : décousue et compacte, n'apportant pas grand chose. Hendrix a eu une approche totalement différente. La première chose à noter est à quel point la musique est parallèle à la structure de la chanson. Ecoutez l'intro avec les guitares et tambours par exemple (extrait). Le rythme commence, s'intensifie, et s'arrête. Comme les paroles, la force est sous entendue mais pas relâchée. La musique, comme les mots, nous indique une action future, présente la tension, mais ne la libère pas. Cette astuce est répétée tout au long de la chanson, avec Hendrix qui se retient, continuellement ramenant la chanson à ses bases tranquilles.

 

Le second élément que je veux noter, c'est la confusion du Fou qui est représentée par l'utilisation de la guitare. C'est le rôle qui va à merveille à Jimi, bien sûr, puisque son interprétation déroute nos attentes. Il a utilisé des notes tordues, une pédale Wah-Wah, et d'autre instruments pour représenter la désorientation, un paysage sonore déshumanisé. Un extrait.

 

Le troisième élément musical que je voudrais commenter, et celui qui cadre et défini vraiment la chanson, c'est la répétition faite par Jimi, qui augmente progressivement avec des notes acérées. Ici, la première fois que ça apparait, au début de la première coupure de guitare, entre le premier et deuxième couplet (extrait). Ici c'est ce que l'on entend entre le deuxième et troisième couplet (extrait). Et finalement, voilà ce qu'on entend à la fin (extrait). Notez comment Jimi semble chercher une note, qu'il n'atteint qu'à la fin. Et enfin, il l'a, il la répète encore et encore, créant un chant funèbre, qui représente non seulement le vent hurlant de la dernière ligne, mais aussi ce que la chanson nous prépare à vivre : le conflit à venir. Et la chanson finit sur cette note à l'instar des paroles, sans fin, mais nous indiquant de futurs actes de libération.

 

C'est la démonstration brillante d'une collaboration entre l'auteur des textes et le musicien, l'accompagnement augmentant et renforçant le sens et le coté dramatique des paroles, et démontrant les possibilités de la guitare électrique accompagnée avec une basse, une batterie et une guitare acoustique.

 
Merci à Herb Bowie pour son autorisation.

Bonne lecture !


 

Publié dans Divers (BD - ...)

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Virginie 30/09/2009 20:28


Super, je vais l'avoir dans la tête toute la soirée maintenant ! ;)
J'adore la chanson, qui effectivement colle tellement bien à la série, et cet article est également une très fine analyse...Reste à décortiquer le parallèle entre le fou, le voleur, Numéro 6,
Baltar, Starbuck... :)


Heuhh 01/10/2009 10:52


Pfff, ça serait entre le Fou et le Voleur, et Hellen, Saul, Chief, machine et machin... The final Five. :)


Bismuth 30/09/2009 20:07


En tout cas, autant la version Hendrix que BSG, la chanson est fabuleuse ! Et amha, bien choisie ; la confusion, la séparation, etc. de la chanson se rapportent facilement à des composantes clés de
la série. Et elle apporte un soutien impressionnant à certains épisodes, vous voyez ? Mais si, les petits frissons le long du dos quand la chanson passe... Délicieux !