Lucius - Chapitre 2 : Sue

Publié le par Heuhh

Voici la suite de Lucius... Alors bien sûr vaut mieux avoir lu le chapitre précédent : Lucius - Chapitre 1 : Lucius .

Les suivant :
Lucius - Chapitre 3 : François
Lucius - Chapitre 4 : Haqim
Lucius - Chapitre 5 : Tom


 

Chapitre 2 : Sue

 

Neuf ans plus tard, An 9 AV LF

 

C’était sûrement l’été le plus chaud qu’elle ait vécu, l‘air était suffocant et brûlait les poumons, mais surtout la sueur la gênait extrêmement dans la manipulation des micros éléments. De plus, Tom n’avait pas plus de doigté dans ces moments là et elle devait se charger de toutes les réparations minutieuses pendant que lui gérait la clientèle. Cela faisait plus de sept ans qu’il travaillait à plein temps avec elle, ils avaient même depuis engagé un livreur qui allait au travers de la ville récupérer les équipements à réparer directement auprès des clients. Nombreux étaient ceux qui n’avaient pas de moyen de locomotion, l’utilisation de cette sorte de pousse-pousse leur donnait donc un argument commercial non négligeable face aux quelques concurrents qui n’avaient jamais vraiment réussi à concurrencer Sue. François avait refusé le poste de livreur, il préférait aider à la restauration des anciens bâtiments, il semblait fasciné par les restes d’un monde oublié auxquels il redonnait vie.

 

Elle venait de finir la restauration d’un poste radio, quand elle regarda sa montre, il commençait à se faire tard, il était temps pour elle d’accomplir son rituel hebdomadaire : aller à la Réserve et surveiller la distribution de nourriture. C’est à ce moment là que les portes principales étaient grande ouvertes, et on pouvait donc voir quels véhicules étaient présents dans la cour intérieure. Depuis neuf ans, jamais un blindé n’était revenu. Mais le jour où il y en aurait de nouveau un, elle s’était juré de tout faire sauter, depuis neuf ans elle nourrissait une haine envers l’EFA qui ne serait assouvit que le jour où elle pourrait se venger.

 

Ce jour où tout avait basculé, elle avait vu les frères Dumas revenir vers dix neuf heures, deux jours après leur disparition, leurs parents étaient compléments affolés, ils ne les avaient pas vu partir et se demandaient bien ce qui leur était arrivé. Bien que pour eux, il ne faisait aucun doute que Lucius était dans le coup et l’avaient clairement fait comprendre à Sue. Leur visage était complètement livide, c’est François qui lui annonça la nouvelle, elle ne compris pas de suite, et pensait qu’il restait un espoir, ils se relayèrent plusieurs semaines non loin de la Réserve espérant voir un jour ou une nuit un signe de Lucius. Au fil du temps, l’espoir céda la place au besoin de vengeance, et à partir de là Sue ne vint plus qu’à chaque distribution hebdomadaire. Séances lors desquelles la Réserve était grande ouverte et où l’on pouvait apercevoir la cour intérieure.

 

Sue alla faire la queue pour prendre sa ration, en même temps elle tendit le cou pour apercevoir l’intérieur de la cour, toujours pas de blindé. Elle ne se rappelait plus depuis combien de temps elle pratiquait ce rituel, mais elle était sûre de le faire encore longtemps. Lucius était sa dernière famille, l’EFA lui avait pris ses derniers liens avec cette Terre, elle comptait donc en finir mais pas seule.

 

Encore les mêmes substituts de nourriture, décidément cela était presque risible. Avant la guerre ces substituts n’avaient pas réussi à s’imposer sur le marché, trop de scientifiques se méfiaient de ces aliments, et une grande partie de la population était réfractaire à ce changement important dans leur alimentation. Les consommateurs restaient accrochés à ce que leur instinct leur dictait. Heureusement pour ces grands groupes, la guerre était venue et avec elle de gros ravages dans la végétation et donc les cultures, les substituts étaient subitement devenus le principal moyen d’alimentation de la population.

 

Sue pris sa ration qui comprenait aussi celle de Tom, depuis la disparition de Lucius il avait emménagé avec elle, la vie d’une femme seule pouvait être dangereuse durant ces périodes troubles. Cela lui permettait de récupérer les deux rations à la fois, d’autres habitants avaient souscris quand à eux à la distribution à domicile, mais la contrepartie monétaire en rebutait certains, Sue aurait pu se permettre de tels frais supplémentaires mais elle gardait espoir, un jour elle retomberait sur le fameux blindé (ou un autre), et elle les aurait.

 

Combien de temps aurait-elle encore à attendre avant de pouvoir assouvir sa soif de vengeance, qu’avaient-ils fait à Lucius ? Avait-il souffert ? En même temps qu’elle réfléchissait à toutes ces questions, ses pas la dirigèrent vers les portes sud de la ville, le soleil était bas à l’horizon et toutes les particules qui flottaient dans l’air donnaient au ciel une couleur orangée des plus agréables. Emerveillée par ce spectacle, elle vit au loin une colonne de poussière s’élever au ciel. Elle pensa immédiatement à de nouveaux immigrants, l’exode rural s’était intensifié depuis quelques années sous l’impulsion du gouvernement qui privilégiait ses centres urbains plus facile à alimenter que la multitude de hameaux des campagnes.

 

Cette fois ci le groupe semblait conséquent, cela ne devait sûrement pas concerner qu’un simple hameau. Au fur et à mesure que le nuage de poussière approchait, Sue commençait à apercevoir les lourds chariots remplis à ras bord tirés par des bœufs. Les familles marchaient le long de cette caravane improvisée qui suivait une ancienne autoroute qui n’était plus que l’ombre d’elle même. De là où elle était placée, elle ne voyait pas le bout de la caravane, en grande partie à cause du nuage soulevé par celle-ci. Elle restait là comme hypnotisée, jamais elle n’avait vu autant de monde, ils étaient tous en guenilles, crasseux comme s’ils avaient passés des jours et des jours sur la route.

 

Un milicien sortie de son état d’hébétude et s’avança vers l’imposante procession, celle-ci ralentit jusqu’à l’arrêt en voyant le garde arriver, un vieil homme sortie de la masse, sûrement le chef des immigrants. Ils se firent face et discutèrent un long moment, Sue était trop loin pour entendre mais le vieil homme semblait exténué. Le milicien se tourna au bout d’un moment vers ses hommes, fit appel à l’un deux, lui aboya des ordres, ce dernier partie comme si le diable était derrière lui. Sue avait entendu le mot « triumvir ». Le Triumvir était une invention du gouvernement pour diriger les cités, elle s’inspirait librement de l’ancienne Rome, le plus gros point commun entre les deux était la décadence.

 

Elle était dans un état second, incapable de s’arracher au spectacle qu’offrait ces milliers d’immigrants, tous dissemblables avec des fortunes diverses, certains n’ayant que la peau sur les os, d’autres mieux équipés. Depuis combien de temps marchaient-ils se demanda-t-elle ? D’où venaient-ils ? Et surtout qu’ont-ils vécu de si terrible que même dans leurs yeux le désespoir se reflétait. Leur chef fit signe et hurla quelques ordres, apparemment ils allaient camper à l’extérieur. Jamais la ville n’aurait pu accueillir autant de personnes en si peu de temps. Au fur et à mesure qu’ils s’installaient Sue compris qu’elle s’était méprise sur leur nombre, ils étaient encore bien plus nombreux et bien plus miséreux qu’elle ne le pensait.

 

Elle voyait celui qu’elle prenait pour le chef, circuler de chariot en chariot afin d’organiser un campement improvisé, malgré son grand âge apparent il était alerte et se faufilait avec une agilité surprenante. Il gesticulait dans tout les sens afin de rendre ce camp moins chaotique. Il semblait être écouté de tous, la sagesse de l’âge avait prise sur tous ces voyageurs.

 

Au bout d’un certain temps, Sue fut distraite par l’arrivée d’un pousse-pousse, le jeune milicien avait réussi à ramener le Triumvir dans un temps record, les nouvelles devaient être importantes. Elle décida donc de se rapprocher afin de pouvoir obtenir des bribes de conversations. Arrivant au bas de la barricade, elle manqua de se faire renverser par un chariot-citerne, vraisemblablement de l’eau allait être distribuée aux nouveaux arrivants. Elle profita de l’activité causée par l’arrivée de l’eau pour se rapprocher du groupe composé du triumvir et du chef de caravane, afin d’entendre leur conversation.

 

A cause du brouhaha ambiant, elle ne put capter que quelques mos par ci par là, le vieil homme parlait d’une voix ferme qui ne souffrait d’aucune contestation. Elle comprenait mieux pourquoi ses ordres était suivis à la lettre. Il avait du être officier dans une autre vie, pendant la guerre, et les hommes qui avaient servi sous son commandement devaient lui être sûrement d’une indéfectible fidélité. Les haillons qui lui servaient de veste prouvaient que sa déduction était vraie, l’on pouvait discerner sur son cœur les insignes de l’armée de terre.

 

Au fur à mesure que la discussion avançait, une pointe de terreur perçait dans la voix de cet ancien officier. Cette crainte semblait contagieuse et le triumvir qui écoutait sagement l’homme commençait à montrer des signes de nervosité, et à parler plus doucement tout en invitant leur interlocuteur à faire de même. Le voyageur parlait de combat, de troupes armées, d’exode, de longue marche et surtout de milliers de morts. Le triumvir semblait réellement surpris, ils n’étaient vraisemblablement pas au courant de cette guerre qui faisait rage dans le sud. Enfin, si l’on peut parler de guerre, d’après les paroles qui lui arrivait, cela ressemblait plutôt à une boucherie, les ennemis étant sur-équipés.

 

Une explosion se fit entendre au loin ! La population qui assistait à l’installation de la caravane eu un moment de panique. Mais le sang froid des rescapés leur fit rapidement revenir à un calme relatif. Au loin au sud, Sue vit une colonne de fumée s’élever dans les airs. Au bout de quelques minutes, elle aperçut une trentaine d’hommes arriver de cette direction. Ils semblaient plus crottés et plus sales que les autres voyageur. Quand ils arrivèrent au campement ils furent accueillis avec référence. Zut ! Elle avait arrêté d’écouter le groupe.

 

Les hommes qui arrivèrent portaient des caisses, des pioches et divers autres outils, ils avaient tous une écharpe orange sur le bras, elle en avait remarqué d’autres dans la caravane. Que des hommes, pas d’enfant, pas de femme, elle commençait à s’imaginer face au bras armé de cette caravane, mais qu’avaient-ils pu bien faire exploser ? Irrésistiblement, Sue se sentait attirée vers ce groupe qui était traité comme des rois, elle se rapprocha laissant les quatre hommes à leur discussion. Une grande tente leur était réservée dans laquelle de nombreux coussins étaient disséminés de ci de là. Elle en vit deux qui ne s’arrêtèrent pas dans cette tente et qui filaient vers le groupe qu’elle avait auparavant laissé à l’entrée du camp.

 

Bizarrement l’un deux lui semblait familier, quoique plus vieux il ne pouvait être que son frère, un immense sentiment de soulagement traversa sa poitrine, elle s’élança à sa rencontre se jeta dans ses bras en hurlant son nom. Lucius semblait surpris par cet assaut mais frère et sœur fondirent en larmes dans les bras l’un de l’autre pendant de longues minutes. L’homme qui accompagnait son frère resta stoïquement à coté d’eux, comme au garde à vous. Au bout d’un moment, Lucius pris la parole :

 

«  Je te présente Haqim il vient de très très loin dans le sud, nous avons enduré de nombreuses et douloureuses épreuves ensemble, mais ceci est une très longue histoire que je te raconterais plus tard, pour le moment rentre chez toi, et prépare toi à un très long voyage, je t’expliquerais tout au plus tôt mais pour l’instant je dois parler au Triumvir de la ville. » Sa voix était douce mais ferme, Sue ne pu émettre la moindre protestation, elle ne fit qu’acquiescer de la tête et parti en courant vers sa boutique en lançant un salut furtif au grand et silencieux bonhomme qui accompagnait son frère.

 

Elle avait le cœur qui battait la chamade, des milliards de questions lui venaient à l’esprit, elle était si heureuse qu’elle voulait s’arrêter et hurler sa joie dans chaque échoppe. Quand elle arriva à la boutique, Tom était en train de fermer. Elle lui sauta au coup et lui annonça la bonne nouvelle, mais enchaîna aussitôt sur les ordres de son frère. Ils partirent annoncer la nouvelle à François, puis ils allèrent faire leurs bagages dans la foulée. L’euphorie passée, Sue commença à se poser des questions biens moins réjouissantes, comme pourquoi devaient-ils fuir ? Contre qui se battaient-ils ? Qu’allaient-ils devenir ?

 

Leurs baluchons prêts, ils entassèrent le tout dans le pousse-pousse de la société, les parents Dumas ne voulurent pas les accompagner, mais les deux frères étaient bien trop heureux de pouvoir retrouver leur vieil ami. Quand ils revinrent à la porte sud, le campement était dans le calme le plus total, la plupart des gens étaient occupés à la préparation des repas du soir. Elle vit un groupe de six personnes discuter à l’écart du camp, c’était toujours le vieil homme qui parlait mais son frère semblait participer à la discussion.

 

S’approchant de ce groupe, ils restèrent à une distance respectable pour ne pas les déranger. Les deux frères trépignaient d’impatience heureux comme tout de revoir leur ami. L’attente ne fut pas longue, au bout d’un dizaine de minutes la discussion sembla terminée, Lucius se pencha vers son ami puis tous se séparèrent. Les retrouvailles furent émouvantes chacun mélangeant rires et pleurs, Lucius avait bien changé il était devenu un homme et ce n’était pas qu’une question de carrure, quand aux frères Dumas, Tom avait pris un certain embonpoint alors que François était devenu un solide gaillard. Les questions pleuvaient mais aucune réponse n’était apportée, « le temps des réponses n’est pas encore venu » disait-il. Au bout d’un moment, Lucius pris la parole, à ce moment là, Sue ne sut pourquoi, mais une boule se forma dans son estomac, et elle sentit qu’elle ne reverrait pas son frère avant bien longtemps. D’ailleurs les talents de prémonition de sa sainteté ont une réputation mondiale que bien des dirigeants tentent d’utiliser à leur fin.

 

« Mes amis, ma chère sœur, je viens malheureusement avec de très mauvaises nouvelles. Mais commençons par le début, il y a neuf ans lorsque nous avions prévu de piller la Réserve, out ne s’est pas passé comme prévu. J’ai du me faufiler dans le blindé, afin d’éviter les gardes, mais je ne pu en sortir que bien plus tard, et ce que je découvris à ce moment là est inimaginable, indescriptible. Je réussis à m’enfuir et pendant des jours et des jours je ne vis âme qui vive. Or je tombai sur le village d’Haqim, je vous passe les détails de cette rencontre, mais depuis ce jour nous fûmes en guerre contre l’empire du Solaut, comme ils se font appeler. Je ne sais pas très bien qui ils sont, ni d’où ils viennent, mais ils sont sans pitié. » L’auditoire était suspendu à ses lèvres, ils restaient subjugués et n’osaient interrompre le discours de Lucius, décidément il n’avait rien perdu de son charisme, bien au contraire.

 

« Or, ils viennent ici ! Ils arriveront d’ici cinq jours grands maximum. Il vous faut donc fuir, mais nous recrutons aussi tout homme valide voulant nous aider dans notre guérilla. Nous faisons tout notre possible pour ralentir leur armée afin que les populations puissent s’enfuir. » Les deux frères s’empressèrent de se rajouter à la liste des soldats de fortune, il faut dire que toute la génération qui avait subit la grande guerre se sentait frustrée d’avoir été tenue loin des combats, depuis une soif de revanche alimentait tout ces jeunes.

 

« Soeurette par contre tu partiras dés demain avec la caravane. J’ai parlé de toi à Joaquim, c’est le chef du convoie c’est un ancien officier de l’armée de terre. Il m’a appris beaucoup, et j’aimerais que tu lui apportes toute ton aide possible. Je sais que tu as un esprit clair et organisé, il aura grandement besoin de toi pour canaliser la caravane. C’est une grande responsabilité que je voudrais que tu acceptes »

 

« Mais pourquoi je ne peux pas me battre avec vous je ne suis plus l’enfant que tu as connu ! » s’insurgea-t-elle.

 

« Ne discute pas ! Allons je vais vous présenter aux autres, puis nous irons nous coucher, une grande journée nous attend demain ! L’EFA devrait se joindre à nous d’ici demain soir, espérons qu’ils ne soient pas trop en retard. » Sue était impressionnée par l’étoffe qu’avait pris son frère, lui non plus n’était plus le gamin qu’elle avait connu.

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